
Bauhaus, le rock gothique flamboyant

Fondé en 1978 à Northampton en Angleterre,
Bauhaus est un groupe charnière
du post-punk, une véritable nébuleuse dont les quatre membres vont
influencer durablement le rock par les groupes qu’ils
fonderont ensuite, de Tones on Tail à Dali’s Car, en passant
par Love & Rockets, puis retour au groupe originel qui se
sépare fin 2008. Mais à tout seigneur, tout honneur, en décidant de
monter un groupe Peter Murphy, Daniel Ash, Kevin Haskins et David J
inventent aussitôt le rock gothique avec Bela
Lugosi’s Dead, leur single
introductif.
The bats have left the bell tower,
the victims have been bled, red velvet lines the black
box. (Bela Lugosi’s Dead
1978)
On trouve déjà là toute l’imagerie et le son qui vont définir
le gothique : du noir 100% chocolat, une voix sépulcrale et féroce,
une musique qui navigue entre basse dub, son un peu
électro-industriel avec une guitare qui déchire dans l’aigu
et des percussions martiales pour créer des climats malsains, en
rapport avec le romantisme noir de la littérature anglaise du XIXe
( Melmoth). Du punk très déchiré et qui produit son
effet.
Dark Entries
Ils définissent une certaine urgence dans la
vitesse d’exécution, (In the Flat Field) et
récupèrent au passage le public d’Adam & The Ants
redéfini comme groupe Pirate. Le gothique a besoin de décorum et le
groupe n’en manque pas, en tirant son nom de l’école de
design allemande de Weimar qui a vu passer dans ses rangs
Gropius, Kandinsky et Itten, ils créent un expressionnisme punk
ultra-codé qui finira dans la rue et perdure : regardez autour de
vous, les fans deMarylin Manson et Nine Inch Nails),
entre décoloration, fringues destructurées, talons haut et
piercings en cascade, sur silhouettes androgynes.
Find me out this labyrinth place. I do
get bored, I get bored, In the flat field
(In the flat field 1980)
Générateur de mouvement, Bauhaus entraine dans la
foulée Dead Can Dance, les
Sisters of Mercy, Southern Death Cult et le Christian Death Cult-
totalement inaudibles aujourd’hui, mais témoins d’une
époque qui se la joue en total démarquage du punk, célébrant là où
il y avait le refus d’un système, le simple constat de
l’échec et une vision aussi religieuse que mortifère de
l’existence qui joue avec la mort pour s’en éloigner.
Dans son extrême cela ira vers le Death Metal et les symboliques de
la magie noire qui lui ne jouera plus et ira jusqu’au meurtre
et à la destruction d’églises (en Finlande, d’accord,
mais quand même !)… Le spectacle tient les monstres à
distance (The Sky’s gone Out), mais le
chanteur du groupe se rêve solo et les Ash et David J prennent les
commandes du groupe avec d’autres idées : (Burning
from the Inside , avec une chouette reprise de
Ziggy Stardust), et en 1983
l’affaire est bouclée après un dernier concert d’adieu
à l’Hammersmith Palace londonien et son pendant
discographique sorti 8 ans plus tard Rest In Peace : the
Final concert. Chacun part dans une direction différente
pendant plusieurs années.
Call the curtain, Raise the roof,
Spirits on tonight, We Love our audience
(Spirit 1982)
Si Murphy, le frontman est une star adulée, les
journalistes savent que le son vient surtout de la rythmique
de Haskins et de la guitare de Ash qui composent pendant les
périodes d’absence de Murphy, pour cause de pneumonie, lors
de la dernière tournée sur le temps de studio du groupe, pour
tester d’autres pistes musicales. Le résultat est la bombe
atmosphérique new wave Lions sortie sous
le nom de Tones on Tail, peu après la dissolution de Bauhaus qui
définit une musique aux accents mélancoliques, un peu trouble, mais
qui sort enfin des climats oppressants portés précédemment par
Murphy et qui trouvent avec la voix de Ash, une légèreté
insoupçonnée dans la suspension sonore crée. En deux albums (réunis
en compile sous le titre générique
d’Everything), on trouve la beauté de la new
wave explorée sous tous ses aspects, de la reprise au détour vers
l’ambient de Rain ou les épures de
Real Life avec ses guitares obsédantes et
ses vocaux bouclés. Mais aussi Go, le
futur tube techno remixé par Moby qui y a inclus le thème de
Twin Peaks…
Dali’s Car
Pendant ce temps-là, Murphy rejoint Mick Karn, fondateur de Japan,
le temps d’un album de Dali’s Car en
1984 - qui œuvre dans la même direction, sans le savoir !
Superbe album qui ne trouve pas son public. La parenthèse Tones on
Tail bouclée, comme ce que Bauhaus n’aurait jamais osé créer,
on parle reformation, et la presse salive… Mais Murphy ne se
montre pas et les trois autres fondent alors Love & Rockets qui
trouve vite son public aux USA pour un rock puissant drivé par la
guitare inspirée de Ash qui va passer du son psyché du début, au
glam, puis à l’électronique avant de revenir au rock et de se
séparer en 1999, date de reformation de Bauhaus avec Murphy.
S’ensuit un Reformation tour…
Mutant ?
Pendant leur absence le rock a muté et les
anciens Goths ont viré métal, avec quelques belles réussites comme
le Cult et son Electricity. Les quatre
s’offrent des performances de luxe, après avoir participé à
la BO de Heavy Metal 2000, avec apparitions à Coachella en
Californie en 2005, tout en continuant chacun de leur côté des
activités diverses. La chimie refonctionne lors d’une tournée
en 2006, démarrée en première partie de Nine Inch Nails qui les
voit préparer un album, Go Away White, sorti au
printemps 2008 et qui clôt définitivement le chapître. Chacun
partant fâché et déçu, et retournant à ses propres activités de
n’avoir pas su, sur la distance, comme U2, avoir des
activités et un ancrage de vie extérieurs à l’energie du
groupe… Bela Lugosi’s (definitively) dead
!
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